Le ministère américain du Travail a récemment proposé d’assouplir les règles en vigueur, en autorisant les comptes de retraite de type 401(k) à investir dans des cryptomonnaies, de l’immobilier, du capital-investissement et d’autres « actifs alternatifs ». Si la mesure est officiellement adoptée, cette politique ouvrira à l’industrie des cryptomonnaies la voie vers un marché de 10,1 trillions de dollars de fonds de retraite.
Cette proposition vise à mettre en œuvre le décret présidentiel signé en août dernier par le président américain Donald Trump. À l’époque, Trump avait ordonné au ministère du Travail et à la Securities and Exchange Commission des États-Unis (SEC) de collaborer pour lever les obstacles réglementaires et permettre d’élargir les investissements en actifs alternatifs pour les 401(k).
Le ministère américain du Travail a détaillé les procédures que doivent suivre les gestionnaires de plans de retraite 401(k) lorsqu’ils envisagent d’intégrer des actifs alternatifs dans leurs portefeuilles. Par ailleurs, le projet de texte définit explicitement les actifs numériques comme « une forme d’investissement émergente, couvrant divers actifs pouvant être stockés et transférés de manière numérique, y compris des cryptomonnaies comme le bitcoin et d’autres jetons ». Le ministre des Finances Scott Bessent, dans une déclaration, a indiqué : « Cette proposition de règles constitue la première étape, de manière sûre et avisée, pour mettre en œuvre le décret présidentiel. Nous ouvrirons la porte, dans le respect absolu des principes les plus élevés de protection des actifs de retraite, à des millions de travailleurs américains, en leur offrant davantage d’options d’investissement pour leur retraite. » Depuis longtemps, les fonds de pension américains sont quasi exclusivement investis dans des actions et des obligations traditionnelles. Dans sa déclaration, le ministère du Travail reconnaît que, même si les gestionnaires de retraite ont toujours eu le pouvoir de prendre en compte les actifs alternatifs, « dans la pratique, presque personne ne le fait ». Si la nouvelle réglementation est finalement mise en œuvre, elle offrira un mécanisme de « port sûr » aux plans de retraite relevant de la loi Employee Retirement Income Security Act (ERISA). À l’avenir, avant d’intégrer des actifs émergents, les gestionnaires devront évaluer avec prudence, conformément aux règles, la performance, les frais, la liquidité, l’évaluation (valorisation) et la complexité des produits. Le sous-secrétaire au Travail américain, Keith Sonderling, a souligné : « L’époque où le ministère du Travail aidait le marché à “choisir les gagnants et les perdants” est révolue. Nos nouvelles règles montrent clairement que les gestionnaires doivent évaluer toute option de produit potentielle au moyen de processus prudents. » Cette proposition pourrait ouvrir un immense marché potentiel aux cryptomonnaies. Selon des données de l’Investment Company Institute, d’ici la fin de 2025, les Américains détiendront environ 10,1 trillions de dollars d’actifs dans leurs plans 401(k), contre 9 trillions de dollars un an plus tôt. Autrement dit, même si seulement une petite partie des fonds s’écoule vers le marché des cryptomonnaies, il s’agira d’un montant astronomique. Cependant, cette politique suscite aussi des doutes de la part de certains responsables politiques. La sénatrice Elizabeth Warren, traditionnellement très méfiante à l’égard des cryptomonnaies, estime que cela risque d’exposer l’épargne-retraite de la population à des risques : « Juste au moment où des fissures commencent à apparaître sur le marché du crédit privé, où les taux de rendement du capital-investissement tombent à leur plus bas niveau depuis 16 ans, et où les prix des cryptomonnaies continuent de connaître des fluctuations dramatiques, le président Trump pense soudain que c’est une bonne occasion de fourrer ces “actifs à haut risque” dans les comptes 401(k) des Américains du quotidien. »