Le dilemme du prisonnier intergénérationnel : la voie inévitable du capital nomade Bitcoin

Rédigé par : Jeff Park

Traduit par : Saoirse, Foresight News

L’indice mondial d’incertitude (IMF) construit par le Fonds monétaire international a récemment atteint son niveau le plus élevé depuis sa création en 2008. Le manque de clarté et de coordination dans les domaines de la politique et du commerce a fortement détérioré l’humeur des marchés depuis ce sommet historique, et cette tendance devrait probablement s’aggraver — notamment au Moyen-Orient, où d’anciennes alliances mondiales fragiles sont entraînées dans un conflit sans précédent.

Par ailleurs, la diffusion accélérée de technologies de niveau exponentiel comme l’intelligence artificielle laisse experts et citoyens perplexes : comment concilier la déflation, alimentée par la productivité, avec un système monétaire basé sur l’inflation, driven par le crédit ? La situation empire encore avec l’effondrement épique du crédit privé, qui n’a été possible qu’en manipulant les prix du capital au prix de la liquidité, soutenant ainsi une chaîne d’approvisionnement fragile.

Au cours de la dernière semaine, nous avons assisté à une série d’événements :

L’Iran a désigné Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême, tandis que le prix du pétrole brut américain a bondi de près de 40 %, enregistrant la plus forte hausse hebdomadaire depuis 1983 ;

La société d’intelligence artificielle Anthropic a poursuivi le Département de la Défense américain pour « risque dans la chaîne d’approvisionnement » ;

BlackRock a plafonné le rachat de son fonds de prêt direct à 5 %, alors que la demande de rachat des investisseurs était presque deux fois supérieure à ce seuil.

Personne ne peut prévoir précisément l’évolution de ces enjeux complexes, car ils sont sans précédent (il est à noter que ces trois événements ne sont pas indépendants — je détaillerai cela plus tard). En ces temps, il faut prendre du recul, clarifier le cœur du problème : non pas s’attarder sur l’inconnu, mais ancrer sa réflexion sur les faits que l’on peut certifier comme étant certains et directement responsables de ces événements.

Comme Sherlock Holmes le disait à Watson : « Lorsque vous éliminez l’impossible, ce qui reste, aussi improbable que cela soit, doit être la vérité. » Notre tâche n’est donc pas de poursuivre l’inconnu insaisissable, mais de s’appuyer sur ces faits indiscutables.

En suivant cette logique, je pense qu’il existe trois vérités fondamentales, dont la certitude ne fera que s’affirmer dans la décennie à venir. Par « certitude », j’entends que ces événements ont une probabilité de 100 % de se produire. La seule inconnue concerne leur timing précis et leur degré de gravité, mais chaque catalyseur de ces événements est destiné à apparaître durant notre vie. En ancrant notre regard sur ces faits incontestables, nous pouvons transformer le sentiment d’impuissance généralisé en une conviction ferme quant à la manière d’y faire face.

Première vérité : La pyramide démographique mondiale s’inverse, entraînant l’effondrement de toutes les classes d’actifs qui en dépendent

En 2019, le Forum économique mondial a publié une déclaration qui a secoué la communauté internationale : « La population de plus de 65 ans dépasse pour la première fois celle de moins de 5 ans. » Sept ans plus tard, après une pandémie dévastatrice, cette tendance se fait déjà sentir dans toutes les sociétés, et ce n’est que le début.

Le taux de natalité mondial approche dangereusement le seuil de remplacement, et dans les marchés développés, ce seuil est désormais dépassé depuis longtemps. La baisse de la natalité combinée au vieillissement de la population engendrera le ratio de dépendance le plus élevé de l’histoire humaine. Pire encore, la classe dirigeante âgée dans ces pays devra liquider ses actifs pour financer une longévité prolongée. Résultat : un transfert massif de richesse intergénérationnel. La totalité des actifs financiers accumulés par une génération vieillissante — environ 69 000 milliards de dollars dans la seule bourse américaine (dont plus de 40 000 milliards détenus par les baby-boomers) — ainsi que la valeur de l’immobilier résidentiel américain, qui a augmenté de 50 000 milliards de dollars (malgré une population de baby-boomers et antérieurs représentant moins de 20 %, détenant entre 20 et 25 trillions de dollars d’actifs), devront sortir du système. La capacité de la nouvelle génération à valoriser ses revenus s’affaiblit, et leur patrimoine disponible est quasi nul.

Lorsque cette génération vieillissante sera contrainte de vendre ses actifs, cela provoquera inévitablement une déflation prolongée des marchés.

La logique fondamentale du marché boursier reflète simplement la tendance démographique : lorsque les épargnants accumulent des actifs et approchent de la retraite, le marché monte. La faillite spectaculaire du « crédit privé » en est la preuve la plus directe — une « bombe à retardement » de 2 000 milliards de dollars, dissimulée dans les fonds de pension, les fonds de dotation et les compagnies d’assurance-vie, qui prétendent faire de la liquidité pour la jeunesse, mais frôlent la fraude.

Mais dès que la jeune génération réalisera qu’elle devient le « porteur de liquidité » de ses aînés, elle se détournera du marché. Personne ne veut acheter un actif en déclin à long terme. C’est aussi la raison pour laquelle le gouvernement Trump a promu les comptes d’investissement pour enfants, pourquoi la tokenisation des actions américaines est en marche (pour faciliter l’accès des capitaux étrangers), et pourquoi les conseillers en gestion de patrimoine automatisent massivement leurs portefeuilles sans se poser la question fondamentale : « Pourquoi faisons-nous cela ? »

Toutes ces mesures visent à retarder l’inévitable : lorsque la génération du baby-boom vendra ses actifs à prix non élastique, le marché n’aura d’autre choix que d’être sans acheteurs, sauf si des jeunes, des capitaux étrangers ou des machines prennent le relais. La conception même du compte pour enfants de Trump est claire : il interdit toute diversification, exclut obligatoirement les obligations, actions internationales et investissements alternatifs, et ne permet que l’allocation à un indice boursier américain. Après 18 ans, le compte se transforme en IRA, avec des pénalités de retrait élevées — en contraste frappant avec le compte UTMA, qui permet une liquidation totale à la majorité. Il ne s’agit pas d’un outil d’accumulation de richesse pour l’enfant, mais d’un canal unidirectionnel de plus de 40 ans, destiné à faire de toute une génération de jeunes des « porteurs passifs » de la liquidité de leurs aînés.

Dans le secteur immobilier, ce phénomène sera encore plus marqué, car il se trouve au cœur de la plus grande bulle d’actifs de l’histoire. Une génération, par une accumulation délibérée de biens immobiliers à long terme, a déconnecté le prix des logements de leur potentiel économique communautaire, en utilisant l’effet de durée. La « accessibilité » au logement est devenue une illusion pour la majorité des jeunes, dont les salaires ne suivent pas la hausse des prix. Certains héritent de biens, mais si ce n’est pas le cas, ces actifs finiront par être vendus dans un marché où la population acheteuse et la formation des ménages diminuent structurellement. La logique mathématique est implacable : la déflation immobilière massive n’est pas une possibilité, mais une certitude.

Pour accélérer cette déflation, la transformation de l’immobilier d’un actif d’investissement en un bien de consommation, combinée à la hausse des taxes foncières, entraînera une spirale négative : les prix seront de plus en plus liés à l’inflation des dépenses publiques, notamment pour l’éducation, les services sociaux, les infrastructures municipales, et les coûts de service qui dépassent largement ceux des biens. La pression fiscale forcera des ventes massives. La décision du maire de New York, Mamdani, d’augmenter la taxe foncière n’est pas un cas isolé, mais le signe d’un changement de paradigme : celui d’un « impôt sur la capitalisation inertielle », dans une ville où l’inégalité de richesse est devenue politiquement insoutenable. Ce qui m’amène à ma deuxième vérité.

Deuxième vérité : L’inégalité de richesse atteindra un point critique, et la taxe sur la fortune deviendra la réponse inattendue

Ce défi démographique est essentiellement une chute verticale : la pyramide démographique s’inverse lentement, la base se réduit, et le poids de la population âgée devient insoutenable. Mais il existe aussi une fracture horizontale plus inquiétante : l’inégalité des revenus.

Lorsque l’on voit des titres comme « 10 % de la population détient 76 % de la richesse mondiale » (données : Rapport mondial sur l’inégalité 2022 de l’ONU), il faut comprendre une distinction clé : ce n’est pas une histoire de pays riches qui exploitent des pays pauvres, mais une dynamique globale, qui se manifeste à l’intérieur de chaque pays : l’écart entre riches et pauvres s’accroît partout, et s’accélère dans toutes les dimensions temporelles mesurables.

Plus précisément, le problème dépasse la simple inégalité des revenus : il s’agit d’une concentration extrême de la richesse. Jamais dans l’histoire humaine autant de richesse n’a été détenue par le 1 % supérieur. Par exemple, aux États-Unis, cette tranche détient près d’un tiers de la richesse nationale, en constante augmentation.

La différence entre revenu et richesse est cruciale. Le revenu est une notion transactionnelle, une « monnaie fluide » qui reflète la valorisation du marché de la productivité ; la richesse, elle, n’est pas une telle chose. La richesse non capitalistique est une « monnaie statique » : elle ne possède pas de valeur intrinsèque de productivité, et dans un jeu à somme nulle alimenté par le crédit, elle freine la vitesse de circulation monétaire nécessaire à l’économie. Lorsqu’elle est concentrée à ce point, la richesse cesse de circuler, et la vitesse de consommation qui soutient l’activité économique se réduit à néant.

Dans ce contexte, en l’absence d’une croissance significative de la productivité pour créer de nouvelles ressources, la taxation de la richesse — malgré les débats — apparaîtra inévitable comme une conséquence du nihilisme fiscal. La seule voie pour rééquilibrer cette dynamique est de taxer la richesse elle-même — peu importe la conception, aussi maladroite ou illogique qu’elle soit. La taxe sur la richesse peut être vue comme un miroir de la sécurité sociale : elle prélève des fonds à la base pour soutenir la survie, tout comme la sécurité sociale prélève à la sommet pour assurer la pérennité. La différence essentielle : la première cible la verticalité (les jeunes), la seconde, l’horizontalité (les riches).

Le processus d’instauration de la taxe sur la richesse a déjà commencé. Le 12 février 2026, la Chambre des représentants néerlandaise a adopté une loi historique imposant une taxe annuelle de 36 % sur la plus-value de tous les actifs financiers — actions, obligations, cryptomonnaies —, qu’ils aient été vendus ou non. La loi attend maintenant l’approbation du Sénat, majoritaire, et son adoption semble acquise. Peu importe si cette politique est moralement justifiable, mathématiquement cohérente ou légalement exécutable : ceux qui s’attardent sur ces questions ignorent l’enjeu central. La vraie question, simple mais cruciale : que se passera-t-il si d’autres pays suivent cette voie ?

Regardons la capitale, berceau et dernier bastion du capitalisme : les États-Unis. Selon un sondage du « New York Times », l’opinion publique sur la taxe sur la richesse est majoritairement favorable, sauf chez les hommes diplômés (qui représentent une population en déclin rapide).

C’est là la clé pour comprendre la « citoyenneté » du capital. La croyance répandue est que la libéralisation des comptes de capitaux est une caractéristique inhérente au monde moderne. Mais les faibles savent que, lorsque l’État choisit, le capital peut être rapidement restreint — exemples : Chine, Russie. Le problème historique réside dans la « trahison » : une seule nation qui impose une taxe sur la richesse voit le capital s’échapper vers d’autres juridictions. Mais avec l’aggravation du nihilisme fiscal mondial, la convergence des volontés politiques devient inévitable, et la négociation collective, la seule option. Les refuges qui ont longtemps profité du dilemme du prisonnier ne seront plus tolérés.

Après la décision néerlandaise, l’Union européenne s’active pour coordonner un cadre fiscal visant à empêcher la fuite de capitaux entre États membres. D’ici le milieu du XXIe siècle, le « passeport » du capital sera aboli, remplacé par un « visa de Schrödinger » : valable ou non, selon le regard du régulateur. Les restrictions locales ne feront qu’accroître la demande de « capitaux externes » capables de contourner la conformité. Bienvenue dans l’ère du prix soutenu par une monnaie dure — la renaissance de l’économie des espèces.

Selon le cadre proposé par David Hume en 1752 dans son essai « Sur l’équilibre commercial », les investisseurs modernes considèrent depuis longtemps que les « capitaux externes » sont des actifs comme l’or, le bitcoin, ou autres — des biens sans nationalité, sans juridiction, sans souveraineté. Mais quarante siècles plus tard, une nouvelle catégorie de « capitaux externes » émerge, qui va redéfinir fondamentalement la notion d’avantage comparatif. Il est temps d’écrire un nouveau traité sur les relations internationales : « Sur l’équilibre intelligent ».

Comme le disait Hume, le déficit commercial et le flux d’or déterminent la puissance relative des nations ; aujourd’hui, le nouveau facteur d’avantage comparatif sera la concentration des infrastructures d’intelligence artificielle productive — celui qui maîtrise la puissance de calcul, contrôle les données, et établit les règles de fonctionnement des modèles. Le capital, comme autrefois, se dirigera vers la domination de l’intelligence. Les premiers pays, institutions et individus à saisir cette tendance définiront une nouvelle hiérarchie de la richesse. Cela m’amène à ma troisième vérité.

Troisième vérité : L’intelligence artificielle détruira la valeur relative du travail, redéfinissant la valeur du capital dans une économie à la motivation intentionnelle

Karl Marx, dans « Le Capital », décrivait le capital comme « le travail mort, comme un vampire qui ne peut survivre qu’en suçant le travail vivant ; plus il suce, plus il vit longtemps ». Cette célèbre formule souligne la vision socialiste : le capital, sous forme de travail accumulé, s’accroît en consommant le travail vivant des ouvriers.

Mais Marx a commis une erreur cruciale : il pensait que le capital manquait d’élan intrinsèque, qu’il fallait constamment consommer le travail humain pour qu’il produise des profits. Or, avec l’essor du crédit et maintenant celui de l’intelligence artificielle, nous entrons dans un nouveau paradigme — le « vampire » n’est plus passif, il est désormais actif, capable de contourner le travail humain, et de générer des profits en consommant uniquement de l’énergie. Comme le montre le graphique ci-dessous, la part des revenus du capital dans le PIB américain n’a cessé d’augmenter depuis plus de dix ans, tandis que celle du travail diminue, et cette tendance s’accélère avec l’IA, franchissant un point de non-retour.

Depuis 1980, la part du revenu du travail dans le PIB américain est passée d’environ 65 % à moins de 55 %, avant même la généralisation des grands modèles de langage (LLM). Goldman Sachs estime qu’en 2023, l’intelligence artificielle générative pourrait automatiser jusqu’à 300 millions d’emplois à temps plein.

En d’autres termes, l’IA n’est pas seulement une technologie capitalistique, c’est une technologie qui détruit le travail. Son avènement modifiera en profondeur la dynamique économique sous-jacente, et la relation entre capital et travail sera irréversiblement bouleversée. Plus concrètement, lorsque le coût de la main-d’œuvre s’alignera sur celui du calcul, une nouvelle « guerre du capital » mondiale éclatera, nécessitant des subventions inédites, des politiques industrielles radicales et des politiques fiscales audacieuses. Dans ce monde, le capital deviendra le maître : la propriété des actifs sera la seule barrière entre la dignité et la classe inférieure permanente. C’est aussi ce que prévoit le FMI : dans une économie dominée par l’IA, la base fiscale passera des revenus du travail aux impôts sur les sociétés et aux gains en capital.

Mais le capital lui-même sera aussi redéfini — car la propriété des actifs ne se limitera plus aux actifs financiers. La gigantesque industrie de l’IA dépendra d’un autre facteur, encore plus précieux et irremplaçable que l’énergie : les données. Plus précisément, chaque trace de votre activité quotidienne alimente la capacité des modèles à raisonner et apprendre. Le monde évolue vers un nouveau paradigme : la pensée, le comportement, les instructions, les préférences, et surtout l’intention humaine, auront une valeur extrême. Lorsque l’intention devient un capital, un ordre économique radicalement différent naîtra — la propriété des actifs prendra une forme étrange, « non dépositaire », échappant aux cadres traditionnels KYC / AML. Les systèmes d’agents intelligents équipés de portefeuilles cryptographiques, capables de payer de façon autonome, d’accéder à des API, et de gérer des données, commenceront à fonctionner. Dans un monde où la valeur doit circuler sans friction entre agents intelligents, où les préférences seront explicitement échangées, cela devient une nécessité — et dans ce contexte, le travail et le capital seront dans un état de « Schrödinger » superposé.

Historiquement, les actifs financiers ont toujours été clairement encadrés par des autorités comme la SEC, la CFTC, la FINRA ou le FASB. Mais avec leur évolution vers des formes dotées de « propriétés actives » — où votre empreinte de données devient une garantie, et votre intention une ressource monétisable (via des modèles de tarification basés sur la consommation, intégrés dans des produits ouverts et API, et contextualisés) — les frontières réglementaires s’estomperont de toutes parts. La FCC, la FTC, le DoD auront toutes des compétences, car la souveraineté des données devient une question de sécurité nationale.

En d’autres termes, cet effet de superposition ne se limitera pas aux actifs, mais s’étendra à tout le système de régulation. Lorsqu’aucune entité unique ne pourra définir clairement ce qu’est un « actif financier », la définition même de la monnaie — qui l’émet, qui la protège, qui la confisque — deviendra la question géopolitique la plus conflictuelle de ce siècle.

Bienvenue dans l’ère de la monnaie intelligente.

Trois vérités fondamentales, deux tendances convergentes, une conclusion

Si vous avez lu jusqu’ici, vous pouvez ressentir une certaine inquiétude — ou vous rendre compte que vous êtes à nouveau confronté à une grande incertitude. Mais rappelez-vous : l’objectif de cet article est de fournir des réponses claires. Reprenons la conclusion la plus essentielle : la chute démographique, l’inégalité de richesse, et la substitution du travail par l’IA sont des forces qui se produiront inévitablement. Elles ne sont pas des risques indépendants à équilibrer ou à couvrir, mais convergent logiquement. La pyramide démographique s’effondre verticalement, la richesse de la base se déchire, et ce qui amplifie ces deux phénomènes, c’est une révolution technologique qui ne favorise que le capital.

De nombreux investisseurs tentent de faire face à cette incertitude par des stratégies partielles : rotation d’actifs, hedging, investissements thématiques dans l’IA, ou espoirs aveugles dans la cryptomonnaie. La réponse la plus séduisante — et qui rassure souvent les investisseurs traditionnels — est la « capsule de sauvetage » du technologique optimisme : la croissance de la productivité alimentée par l’IA élargira rapidement la « tarte » de la richesse, au-delà des effets de la chute démographique. Cette vision paraît convaincante, mais elle est en réalité une logique complexe en apparence, mais déconnectée de l’essentiel.

Historiquement, la vitesse et l’équité de l’augmentation de la productivité n’ont jamais été suffisantes pour éviter la fracture politique et sociale provoquée par l’inégalité. La révolution industrielle n’a pas empêché les révoltes ouvrières, elle en a été le déclencheur — malgré la création d’une richesse sans précédent. La clé, c’est que l’IA n’est pas une simple multiplication neutre de la productivité : elle est une concentratrice de capital. La part de la productivité créée par l’IA profitera d’abord et surtout à ceux qui contrôlent la puissance de calcul, les données, et les modèles. Les optimistes pensent que la tarte s’agrandira, mais ils se trompent sur la question cruciale : qui en mangera la plus grande part ? C’est là que réside le cœur du débat.

En regardant ces phénomènes globaux, irréversibles, à une échelle macro, la conviction claire devient presque évidente :

Le vieillissement et la contraction démographique sont certains à 100 % ;

L’inégalité de richesse s’étendra jusqu’à déclencher des restrictions globales sur le capital — que ce soit à l’échelle transfrontalière ou nationale, c’est certain à 100 % ;

L’intelligence artificielle, par sa nature, favorisera la concentration du capital, entraînant une transition économique sans précédent — là aussi, c’est certain à 100 %.

Ce qui relie ces trois points, c’est un mot : « global ». La structure démographique intergénérationnelle, la répartition des actifs, le coût du capital, n’ont jamais été aussi liés dans l’histoire, et cette corrélation ne cesse de s’intensifier. Elle dépasse aussi l’espace, puisqu’elle s’étend dans le temps : l’évolution démographique des richesses est un processus unidirectionnel, irréversible. Cela signifie que cette convergence est à la fois mondiale et synchronisée.

En résumé, cela constitue le problème central de la négociation collective dans notre ère moderne : la sortie générationnelle du dilemme de la liquidité. La question est :

Lorsque la jeune génération percevra que les ordres de l’État ne sont qu’un « portage » pour ses aînés, participera-t-elle encore volontairement à la « propriété du capitalisme américain » ?

Lorsque les ultra-riches se tourneront vers des stratégies fiscales optimisées, accepteront-ils encore de payer des impôts élevés ?

Lorsque la compétition, motivée uniquement par le profit, continuera d’étendre ses activités sans tenir compte du coût du capital, les entreprises d’IA ralentiront-elles volontairement leur développement ?

L’équilibre de Nash se dessinera : tous choisiront de trahir cette stratégie rationnelle — peu importe ce que feront les autres, car le coût de l’inaction sera trop lourd. Lorsqu’un point critique sera atteint, tous chercheront rationnellement à sortir simultanément de la liquidité.

Ce « pacte de Faust » de la liquidité ne doit pas être considéré comme un risque potentiel ou une queue de risque à modéliser, mais comme le plus grand événement de coordination de masse dans l’histoire des marchés de capitaux. Certains diront qu’en période de déflation, il faut détenir des obligations ou des actions d’IA. Peut-être. Mais ma règle fondamentale est plus simple et plus structurelle : détenir des actifs qui ne vous transformeront pas en porteur de liquidité pour autrui. Dans cette optique, les actifs à éviter en priorité sont : immobilier, obligations, actions américaines. Ce sont des outils de manipulation de la durée, et qu’ils soient intentionnels ou non, ils constituent la plus grande spoliation intergénérationnelle jamais vue.

À l’inverse, les actifs idéaux doivent répondre à trois conditions inverses :

Être ceux qui, aujourd’hui, ont la plus faible proportion dans la démographie, mais qui deviendront demain les plus portés ;

Être ceux qui, en cas de taxation ou restriction sévère de la liquidité, pourront devenir des refuges sans juridiction ;

Être ceux qui, dans un monde d’intelligence autonome, seront utilisés sans intermédiaire, pour remplacer la force de travail humaine et générer de la productivité.

Au XVIe siècle, lorsque l’Empire ottoman a conquis Constantinople, la classe marchande byzantine a perdu tous ses actifs liés à la crédibilité impériale : terres, titres, dettes souveraines. Aucun n’a échappé. Mais les jeunes érudits et commerçants ambitieux ont migré vers l’Ouest avec manuscrits, or, connaissances, allumant ainsi la Renaissance.

Parmi eux, un jeune érudit byzantin nommé Johannes Bessarion. Né en 1403 à Trébizonde, sur la mer Noire, il a emporté plusieurs caisses de manuscrits grecs inestimables, porteurs de l’héritage intellectuel de l’Antiquité. Il a fourni à l’Occident le plus grand nombre de livres et de manuscrits du XVe siècle, créant ainsi l’un des premiers « systèmes d’information » : la bibliothèque Marciana — le premier « open source » européen, un véritable « Wikipedia » de l’époque. Ces livres, conservés à Venise, ont alimenté la production d’ouvrages comme l’édition intégrale d’Aristote, déclenchant la révolution de l’imprimerie, qui a à son tour engendré la Réforme, la révolution scientifique et les Lumières. La capacité de Bessarion à transporter, autonomiser et délocaliser le capital de la connaissance, a permis, sur plusieurs siècles, l’émergence de la civilisation occidentale.

Le capital capable de traverser le temps et l’espace survit, celui qui ne le peut disparaît.

Cela nous amène à la dernière conclusion — la seule décision radicale à considérer face aux nombreux pièges traditionnels :

Ce que vous devez vraiment détenir, c’est un « capital nomade ». Un capital qui peut migrer librement à travers les structures démographiques, les frontières politiques, et l’écosystème natif de l’IA ; capable de contourner le « détroit d’Ormuz » monétaire. Au XXIe siècle, la nomadisation devient numérique. La mise en œuvre concrète dépend de chacun, mais la théorie d’investissement radical propose un cadre : allouer 60 % à des actifs conformes, 40 % à des actifs résistants au risque. Mais si vous suivez strictement ces trois conditions — détenir ce que les jeunes finiront par avoir besoin, ce que le gouvernement ne pourra pas atteindre, et ce qui peut être échangé dans un système autonome — alors la fin ne sera plus une prévision, mais une certitude. L’incertitude se transformera en évidence.

Car, dans l’histoire, il n’existe qu’un seul actif véritablement disruptif, qui, dès ses origines, remplit ces trois conditions. Pour ceux qui ont une forte capacité d’action, cette étape est déjà simple.

Le reste n’est qu’une question de timing.

BTC1,38%
Voir l'original
Cette page peut inclure du contenu de tiers fourni à des fins d'information uniquement. Gate ne garantit ni l'exactitude ni la validité de ces contenus, n’endosse pas les opinions exprimées, et ne fournit aucun conseil financier ou professionnel à travers ces informations. Voir la section Avertissement pour plus de détails.
  • Récompense
  • Commentaire
  • Reposter
  • Partager
Commentaire
0/400
Aucun commentaire
  • Épingler